Le Grand Rovaltain, Fabrique de territoire

Lionel BRARD. Président du syndicat mixte

 

Un territoire neuf

Le Grand Rovaltain n’est pas un territoire légué par l’histoire ou les réformes territoriales des 19 et 20èmesiècles.

Au plan institutionnel, c’est un territoire neuf dessiné par l’Etat et diverses collectivités à la fin des années 2000 pour servir de périmètre à un futur schéma de cohérence territoriale, document de planification stratégique à visée à la fois opérationnelle et prospective dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement.

Ce choix politique à l’emporte-pièce s’est avéré judicieux. Le territoire dessiné au crayon sur la carte a très vite et très naturellement révélé au fil de l’eau toute sa cohérence.

Né de la concertation et par la concertation, le Grand Rovaltain a su en quelques années prendre ses marques tout en gagnant ses galons de légitimité auprès des élus. Ce faisant il a pris de l’épaisseur politique avec un bémol, il reste à ce jour largement méconnu du grand public.

 

Pour quelles raisons ce territoire-concept Grand Rovaltain a-t-il pris racine dans le paysage ?

 

Le Grand Rovaltain est une réalité qui fait sens au plan économique et sociologique pour plusieurs raisons objectives :

  • son poids démographique et économique équivalent à celui de bon nombre de pôles métropolitains,
  • sa superficie et sa maille territoriale à la fois dense et aérée caractéristique d’un mix particulièrement réussi de centralité urbaine, de villes, villages et campagnes,
  • sa situation géographique de tête de pont du Rhône médian à la croisée de l’arc alpin et du sillon rhodanien,

Aussi, la cohérence du Grand Rovaltain pour traiter toute une série d’enjeux cruciaux est devenu une évidence dans le secteur de l’aménagement du territoire, de l’habitat, de l’urbanisme, des zones d’activité économique, de la répartition des implantations commerciales et bien évidemment des infrastructures, -je pense aux nouveaux franchissements du Rhône au nord de Valence et de Tournon et à celui de l’Isère à l’Ouest de Romans -,

Je vois une seconde raison à l’essor du territoire-concept du Grand Rovaltain.

C’est un territoire qui se construit en mode projet. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est un atout considérable.

Son ADN n’est pas celui d’un territoire contraint et déterminé par le poids d’héritages venus du passé, comme ce fleuve Rhône sacralisé depuis Napoléon comme frontière départementale coupant en deux les bassins de vie et d’emploi du grand valentinois, de Valence-Crussol et de l’Hermitage Tournonais.

Le Grand Rovaltain est avant tout une fabrique de territoire, une fab-lab qui fédère et accompagne sur un mode coopératif et à leurs demandes les trois intercommunalités et leurs 110 communes.

L’ADN du Grand Rovaltain est donc bien celui d’une plateforme territoriale collaborative dont le syndicat mixte du SCoT et le Conseil de développement sont deux des branches charpentières.

 

Le feuille de route du Grand Rovaltain comme plateforme territoriale de premier plan s’écrit, page après page, en continu.

  • Première séquence, le schéma de cohérence territoriale, acte fondateur du territoire qui depuis 2016 oriente, organise et anime l’aménagement du Grand Rovaltain, la consommation foncière et l’urbanisme sur une superficie de 160.000 hectares.
  • Deuxième séquence, son Contrat vert et bleu qui promeut la cohérence écologique du territoire au travers de 50 actions clés.
  • Troisième séquence, son Conseil de développement, force de proposition pour éclairer le développement du Grand Rovaltain au travers d’avis et de rapports, de notes de conjoncture et de stratégie, pour préparer et accompagner l’action des décideurs politiques et économiques.
  • Quatrième séquence, son futur schéma d’urbanisme commercial pour garantir la cohérence des nouvelles implantations commerciales ainsi que la revitalisation commerciale des centres ville et village.
  • Cinquième séquence, une réflexion prioritaire sur l’internationalisation du Grand Rovaltain:

Au-delà des actions de promotion propres à telle ou telle filière, telle ou telle entreprise, comment faire connaitre efficacement notre territoire et ses entreprises à l’international pour susciter curiosité et intérêt, courant d’affaire et implantations ?

Comment capitaliser nos plus-values territoriales pour générer de l’attractivité ?

Quels leviers publics et privés actionner pour faire en sorte qu’entreprises, filières, chambres consulaires et collectivités se mettent en ordre de marche à l’international pour chasser utilement de concert et en meute au service du Grand Rovaltain Drôme-Ardèche ?

 

A n’en pas douter, l’avenir des 3 territoires de Valence Romans Agglo, Arche Agglo et Rhône Crussol dépend en partie de la capacité du Grand Rovaltain à jouer un rôle de fédérateur, d’animateur et de coordinateur des politiques de développement.  

Dès à présent et dans plusieurs domaines nous vivons déjà sous l’influence du Grand Rovaltain sans le savoir comme M. Jourdain faisait de la prose sans l’imaginer.

 

Un constat doit guider notre action, le fait métropolitain s’impose à l’échelle mondiale et européenne tant sur le terrain de la croissance économique, que sur celui de la dynamique de l’emploi, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, de la culture, de la santé.

Le concert des métropoles est assourdissant pour qui accepte de l’entendre.  Il y a parfois des bémols mais dans son ensemble le modèle métropolitain et les représentations positives qui y sont associées roulent à grande vitesse. 

Aussi, le Grand Rovaltain positionné entre les pôles métropolitains de Lyon/Saint Etienne, Grenoble et Aix Marseille doit-il collectivement prendre la mesure de l’enjeu et se donner pour première ambition de ne pas être rester un hinterland, pour reprendre l’expression des géographes, un territoire intermédiaire ou périphérique.

 

Pour y parvenir et casser le plafond de verre, notre territoire doit gagner en visibilité et en légitimité. Il se doit de bâtir une identité forte prenant appui sur ses villes centre, son architecture ville-campagne et ses secteurs d’excellence.

La transition alimentaire et sanitaire offre à la nouvelle agriculture de notre territoire, à sa recherche agronomique et à ses industries agroalimentaires de vraies opportunités à l’échelle aussi bien régionale qu’internationale, de même la transition énergétique où nous disposons d’un excellent jeu de cartes ou encore la transition numérique avec un panel très complet de belles entreprises et de jolies pépites.

Pour casser le plafond de verre, il faut également susciter auprès de nos populations, de nos entreprises, de nos collectivités un sentiment partagé d’appartenance à un même ensemble identitaire.

Il faut susciter l’envie de se développer ensemble, de partager des projets structurants et identitaires, un même horizon de croissance et une même dynamique de développement durable.

Le Grand Rovaltain ne doit pas se contenter d’être un territoire de l’entre deux, un territoire ni Lyon ni Grenoble, un territoire autonome, indépendant des aires d’influence des métropoles voisines comme c’est le cas aujourd’hui ….

 

Le Grand Rovaltain doit prendre la place qui lui revient dans le concert des métropoles en jouant sa propre musique.

Certes, la résilience du Grand Rovaltain est forte et on doit féliciter les entreprises et les collectivités d’avoir su forger au fil des décennies une économie locale robuste qui résiste bien mieux que celle d’une majorité de territoires non métropolitains.

Mais dans le même temps, il ne faut pas se voiler la face, il faut faire plus et mieux, changer de braquet.

Le Grand Rovaltain doit avoir faim de notoriété, de croissance verte, de digitalisation… il doit apprendre à mieux surfer encore sur la vague des transitions numériques, énergétiques, alimentaires, territoriales…

Ces dynamiques de transition, souvent disruptives, sont de nature à favoriser le développement d’un territoire comme le nôtre où l’espace, facteur d’aménités environnementales et de bien vivre, de création de valeur, est géré avec une intelligence à la fois paysanne et entrepreneuriale.

Notre territoire dispose dès aujourd’hui d’énormes atouts.

Aussi, il appartient au Grand Rovaltain, sous l’impulsion de ses trois intercommunalités, de fédérer et de mutualiser au mieux les énergies positives qui le parcourent d’Est en Ouest et du Nord au Sud.

Puisse notre territoire fonctionner comme une startup territoriale agile et imaginative, comme une plateforme territoriale 4.0 productrice de sens et d’actions au plus près des trois territoires du Grand Rovaltain.